L'homme qui vous parle sous la douche

Vous m'entendez en vous réveillant, en mangeant, en conduisant.

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Kate et William terrassent Al-Qaida

29 avril 2011 · Pas de commentaire

Ce vendredi soir, en mangeant mon ragoût devant le journal télévisé, je me suis amusé à comptabiliser le temps accordé par les journalistes au traitement des deux infos internationales majeures (« IN-CON-TOUR-NABLES, coco ! ») de la soirée : la bague au doigt pour Kate Midleton et une bombe pour les touristes français à Marrakech. Le score est indiscutable : 1 point pour le mariage princier britannique – 0 pour l’attentat au Maroc. Si c’est bien Al-Qaida qui est derrière l’explosion, leur plan com’ mortel a échoué.

Voyez plutôt :

Sur France 3, à 19h30, le journal ouvre sur le mariage de la roturière avec le Prince William. Les reportages et les directs s’enchaînent pendant 7 minutes. Puis on passe à l’attentat de la place Jema el-Fna qui occupe 4 minutes du JT, soit presque 2 fois moins. Evoquant l’hypothèse d’un coup d’Al-Qaida, un journaliste suggère que l’organisation terroriste tente de revenir sur le devant de la scène après les révolutions arabes. Si c’est le cas, elle a mal choisi son jour.

19h45, je zappe sur M6 : le journal est quasi entièrement consacré aux tourtereaux de Buckingham Palace ! La cérémonie, la joie de la foule, le coût de la fête… “Le mariage du siècle” est scruté sous tous les angles pendant 15 minutes, alors que le Maroc n’a droit qu’à 3 minutes sur 20 minutes de journal.

20 heures, heure de la grand messe sur TF1 et France 2. Et là on peut dire sans ironie qu’il y a de la diversité dans les journaux télévisés français. Claire Chazal prend la route de Londres alors que Laurent Delahousse s’envole pour Marrakech.

Mais là encore le traitement est largement favorable à l’amour : TF1 consacre 28 minutes au mariage princier (26 minutes au début puis 2 minutes à la fin, dans un journal qui a duré 40 minutes), soit deux fois plus que France 2, qui a relégué le glamour en fin d’émission (avec sur le plateau : Stéphane Bern, spécialiste du bling-bling has been). La proportion s’inverse quand il s’agit de l’attaque présumée terroriste : la Deux en parle pendant 16 minutes en début de journal contre 6 minutes en milieu d’édition pour la Une.

Résultat du match de ce vendredi soir : 1 heure d’actu people contre 30 minutes d’info anxiogène.

Faut-il s’en réjouir ? S’en inquiéter ? Tapez 1, 2, 3 ou 6 pour voter pour votre JT préféré.

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Mais qu’est-ce que tu fous sur twitter ?

27 mars 2011 · 1 commentaire

C’est une question que je me pose tous les jours ! Quand je me suis inscrit sur twitter, c’était pour un usage purement professionnel, ou plutôt étudiant. C’était en 2009, j’étais à l’école de journalisme de Grenoble. Je me suis mis à suivre des journalistes qui parlent de journalisme.

Mais aujourd’hui ? Je suis abonné aux mêmes personnes mais est-ce que je lis vraiment les « informations sérieuses » qu’elles m’envoient ? Est-ce que je ne me laisse pas avoir par le buzz, le futile, l’éphémère ?

Ce weekend, je me suis livré à une petite expérience que chacun devrait tenter : pendant 24 heures, j’ai noté tous les messages qui ont attiré mon attention sur twitter.

Et là, surprise : une minorité des messages que je lis correspondent à ce que je suis venu chercher. Tous les autres attisent simplement ma curiosité, jusqu’à me pousser à cliquer sur un lien ou à chercher à en savoir plus. C’est un peu comme dans un supermarché quand, en allant au rayon fruits et légumes, vous vous arrêtez devant les confiseries et vous bourrez votre chariot de choses que vous n’aviez pas prévu d’acheter.

A titre de preuve, voici donc les sujets que j’ai consultés au cours de ces dernières 24 heures…

Salut nazi et Lactalis :
Le bruit du Net, le buzz, m’a envouté ! Je n’ai pas résisté aux blagues de Nicolas Sarkozy qui sèche sur le dossier Lactalis, j’ai été horrifié par la photo de cet élu Front national qui fait le salut nazi et je me suis cassé la tête sur cette pub trouvée par Vis ma vie de pigiste (si quelqu’un peut expliquer ce qu’elle signifie…)

L’actu brûlante :
De la fonte du réacteur de Fukushima à une manifestation pro-Kadhafi à Paris, je n’ai pas pu m’empêcher de cliquer sur des liens qui renvoyaient vers des sites d’actualité, alors que je préfère m’informer par les médias traditionnels.

Les reportages qu’on ne trouve nulle part ailleurs :
Voilà pourquoi je passe tant d’heure sur twitter. On y trouve des articles inattendus mais passionnants :

  • L’interview de Phil Bennett, ancien journaliste au Washington Post (via l’institut américain de formation Poynter)
  • La corruption au Parlement européen (par Jean Quatremer, correspondant du journal Libération à Bruxelles)
  • Mal être au ministère de l’Environnement (via Eric Mainville, conseiller en nouveaux médias)
  • Comment l’OTAN s’est servi de l’épouse de Vaclav Havel pour faire taire Jacques Chirac (via bruxelles2, blog sur l’Union européenne)
  • Veolia débordé, un reportage d’Arte radio
  • Des soutien-gorges rembourrés pour les gamines de 8 ans (sur Owni)
  • Le portrait de Claude Angeli, journaliste au Canard Enchaîné (via Pierre Aski, directeur de Rue 89)
  • Les bébés sans-papiers en danger de mort au Nebraska (via Maître Eolas, avocat)
  • Portraits de blogueurs (via 1oeilsurlaphoto)

Un peu d’actu sur le journalisme quand même :
En 24 heures, j’ai appris que le New York Times lançait son système d’achat d’articles sur Internet, que l’AFP parle politique la veille d’une élection (est-ce légal ? demande Pierre Breteau, étudiant en journalisme à Bordeaux), que Google publie un magazine (info trouvée par le journaliste Pierre France) ou encore que des médias mexicains luttent contre le crime organisé (article du Committee to Protect Journalists).

#redfutur :
Grâce au mot clé #redfutur, j’ai pu suivre en direct un débat sur l’avenir des rédactions des médias à l’heure du web. Quand je dis “en direct”, c’était à la fois sur twitter, grâce aux commentaires des participants, et en vidéo sur le site de l’Observatoire des médias.
En fait, j’ai vite laissé tomber car dès que je perdais le fil de la conversation, j’étais paumé. Et puis c’est lassant de suivre sur son ordinateur une personne qui parle pendant un quart d’heure dans un micro qui crachouille.

Des infos de geeks :
Le champion des fans de nouvelles technologies est le consultant Jean-Luc Raymond. En plus il a l’art de trouver les titres qui font mouche : « Peut-ont éteindre l’Internet ? », « 7 Ways to Totally Destroy Your Reputation on Twitter », « Les meilleures applications pour iPhone » et « Je veux être présent sur les médias sociaux ».

Je n’ai pas d’iPhone et je ne crois pas être un narcissique du web. Pourtant j’ai dévoré ces articles. Allez savoir pourquoi !

Des blagues, des blagues !
Mes préférées :
« Refroidis-moi le réacteur ! » (Pierre Breteau)
« “On est vieux à 20 ans” Connasse d’Alizée tu vas te prendre mes 25 ans dans la gueule » (Benjamin Poulin, prof à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris)
Et plein d’autres à découvrir sur la page d’accueil de Twitter ou sur toptweets_fr.

Faites l’expérience, notez les messages qui ont attiré votre attention, vous serez surpris du résultat !

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Councilpedia, le site qui surveille l’argent des politiques

9 mars 2011 · 1 commentaire

Councilpedia est un peu le Wikileaks de la politique locale, sauf que toutes ses informations sont obtenues légalement (pour l’instant). Le site web, basé sur le système wiki, agrège et rend compréhensibles des listings éparpillés sur le web. Il a été créé pour cela il y a un mois par un journal de New-York, le Gotham Gazette, lui-même inventé par une fondation pour la démocratie.

Councilpedia surveille l’action politique des 51 membres du City Council de New York, l’organe législatif de la ville. Il est alimenté par le journal et par les internautes. On y trouve la biographie de chaque élu bien sûr, mais aussi la liste de toutes les lois qu’ils ont soutenues, de leurs votes en assemblée et autres informations a priori ennuyeuses. Mais il y a une liste qui fait grincer les dents des élus : celle de leurs donateurs de la campagne électorale de 2009.

Des liaisons peu avouables

Dans un point d’étape sur l’avancement du projet (publié sur MediaShift Idea Lab), la rédactrice en chef du Gotham Gazette jubile :

« Ce que certains membres du Conseil ne semblent pas apprécier, mais alors pas du tout, c’est que nous publiions le montant des contributions financières des industriels de l’immobilier. L’immobilier – les promoteurs, les spéculateurs, le bâtiment – sont probablement le groupe d’intérêts le plus important dans les affaires politiques de New York. De nombreux hommes politiques de New York ont recours à eux. Il espèrent simplement que les gens ne le voient pas. Councilpedia rend le secret plus difficile à garder. »

A noter que les informations sur le maire de New York, Michael Bloomberg, ne sont pas encore disponibles, car ce puissant multi-millionnaire ne recevrait pas de dons.

Councilpedia, un nouveau site au service de la transparence des affaires publiques ? Pour l’instant il n’en est qu’à ses balbutiements mais espérons qu’il se développera dans d’autres villes du monde, et pourquoi pas au niveau des gouvernements des Etats.

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10 trucs pour éviter que votre communiqué atterrisse dans ma poubelle

6 octobre 2010 · 5 commentaires

Chargés de com’, attachés de presse, relations presse et autres dircom, je vous aime bien. Si, vraiment. Vous me rendez service en me signalant des infos que je n’avais pas vues, en me donnant le numéro de portable d’une personnalité. Vos centaines de communiqués de presse que je reçois chaque jour sont comme des mots doux déposés dans ma boîte à idées.

Or justement, certaines de vos bonnes infos se perdent, parce que je ne les ai pas comprises à temps. L’autre jour, j’ai retrouvé un communiqué qui suggérait un reportage pertinent. Le problème, c’est qu’il ne donnait pas les informations essentielles. Et comme je n’avais pas le temps d’aller les pêcher au moment où j’ai reçu le communiqué, il a fini dans mon dossier “A voir plus tard”.

Voici donc 10 trucs pour que votre communiqué soit lu avec intérêt par moi-même mais aussi, je suppose, par tout autre journaliste. Je n’aime pas donner des conseils en communication aux communiquants (quel journaliste aime qu’on lui explique le journalisme ?) mais là je crois qu’une mise au point s’impose.

  1. Je sais que votre info est la plus importante au monde !
    Inutile de répéter que votre évènement est incontournable, qu’il sera riche en échanges et en temps forts, placé sous le signe de la convivialité et qu’il attirera des dizaines de journalistes. Ce que je veux savoir, c’est s’il intéressera les auditeurs. Je n’ai pas la science infuse mais je peux dire que ce n’est pas en parsemant votre communiqué de “URGENT”, “IMPORTANT”, “AFFAIRE A SUIVRE” que vous éclairerez ma lanterne.
  2. N’appelez pas votre communiqué de presse “Communiqué de presse”
    Certes, il faut appeler un chat un chat. Mais imaginez le bazar si tout le monde nommait son chat : “Chat”. J’en ai marre d’avoir ma boîte email remplie de messages qui ont tous le même titre. Soyez créatifs ! Donnez des noms pimpants à vos communiqués de presse. Exemple : “La foire du boudin fait son trou”
  3. Qu’est-ce qui se passe, en fait ?
    J’ai encore le souvenir de communiqués de presse que je parcourais de long en large en râlant : “Mais c’est quoi l’évènement ?!” Détaillez ce que sera la soirée festive : est-ce qu’il y aura un concert ? un spectacle ? un discours ? Vous faites une manifestation, mais de quel genre : vous allez agiter des panneaux, crier des slogans, distribuer des tracts ? En tant que journaliste radio, j’ai besoin de savoir si je vais pouvoir “faire du son”, comme un journaliste télé ou un photographe voudra “choper des images”. Alors : du concret !
  4. Dans quel bled et à quelle heure ?
    Voilà une erreur qui me met en rage ! Votre communiqué annonce un évènement intéressant, je me dis que ça ferait un bon reportage… Mais problème : impossible de savoir où ça se passe. J’ai vu des communiqués où on donnait le nom de la salle, mais pas de la ville, ou bien le nom d’un hameau qui n’existe sur aucune carte.
    Deuxième problème, le rendez-vous que l’on donne à une heure vague, du genre : “à partir de 14 heures”. Ca me fait toujours plaisir (c’est ironique) quand je débarque et m’aperçois qu’il n’y a encore personne.
  5. Evitez le discours “Moi, ma vie, mon oeuvre”
    Sauf si vous êtes une vedette et/ou si vous êtes mort(e), je n’ai pas besoin de connaître tous vos faits et gestes depuis votre naissance, ni les exploits de votre entreprise ou votre association depuis sa fondation. Une phrase de présentation suffit. Un logo est un +
    Et puis ce serait sympa de détailler les sigles. Même Google ne sait pas forcément que le C.Q.V.W.Y.Z. est le “Comité de Quartier pour Vivre des Weekends de Yoga et de Zen”.
  6. No photo !
    Autre péché mignon des rédacteurs de communiqués de presse, les photos en pièce jointe voire pire, incorporées dans l’email. Quand des photos arrivent dans ma boîte, je sais que je peux aller boire un café, visiter les WC et discuter avec les collègues, le temps que l’ordinateur galère à charger les photos, plante puis redémarre. Idem pour les dossiers de presse de 30 pages en PDF.
  7. Laissez-moi votre 06
    Allez, ne soyez pas timide. Un numéro de téléphone direct en bas du communiqué, le vôtre ou mieux, celui du patron ou de la patronne, c’est la garantie pour moi que je pourrai caler un reportage ou une interview en deux temps trois mouvements. Si vous ne donnez que le numéro du standard, je sais d’avance que je peux perdre des heures à négocier avec un(e) Cerbère qui ne voudra me passer personne.
  8. Ne me donnez pas d’ordre !
    J’imagine bien l’angoisse du chargé de com’ qui doit justifier son salaire. Mais j’ai toujours, comment dire, un petit chatouillement dans la nuque quand je reçois un email qui commence par “A diffuser sur votre média tous les jours” ou une suggestion de ce genre. En général, j’ai envie de répondre par un gros mot.
  9. Une page maxi
    Si vous suivez bien tous les conseils précédents, votre communiqué ne devrait pas dépasser une page A4. S’il est plus long, je crains que la deuxième page ne se perde dans le tas de feuilles qui tapissent mon bureau.
  10. Pitié, ne téléphonez pas
    Si je tenais l’espèce de %*$è#! qui conseille aux communicants de téléphoner aux journalistes ! Des génies de l’informatique ont inventé l’email et ce n’est pas pour rien. Tenez : j’ai des sueurs froides rien qu’au souvenir de coups de fils reçus 1 minute avant de présenter le journal, avec une voix qui crache dans le combiné : “Est-ce que vous avez reçu mon communiqué de presse ?” Je n’ai encore jamais racroché au nez, mais ne me tentez pas…

Maintenant, vous avez le droit de dire que les journalistes aussi sont des emmerdeurs qui ne savent pas écrire.

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